12 mai 2006

Esclave transparent

Pris dans les turbulences des "affaires", les thermomètres de l'actualité ne prennent plus le temps de regarder en arrière. Ils s'enfoncent tête baissée dans les trous les plus obscurs de la vie politique, parce que celle-ci, lâche ou méprisante, ne se présente plus que de dos.

L'ultime casserole "clearstream" aurait pu être un bon moyen de montrer que les institutions démocratiques républicaines sont plus fortes que les égos monarchiques de quelques uns. Mais, par absence totale d'états d'âme des gouvernants, par timidité incompréhensible de l'opposition, et par goût du spectacle et du voyeurisme de la presse, cette casserole n'aboutit encore une fois qu'au leitmotiv du "tous pourris".
Et il est à craindre qu'aussi brillantes soient-elles, les propositions de 6ème république n'apparaissent que comme des gadgets en face des hommes providentiels qui promettent les purges.

J'ai parfois alors l'impression que tout va en sens inverse.

Que penser d'un journal comme le Figaro lorsqu'il titre sur les sondages largement en faveur de la loi CESEDA le jour de la commémoration de l'esclavage ?
Que penser d'un journal comme le Monde qui pointe du doigt les "nombreuses" familles qui refusent les logements insalubres et profitent du système, tout en faisant du plus grand criminel des expulsions d'immeubles la victime d'un complot politico-financier ?

Plus qu'un simple moment de recueillement pour les associations noires, la journée de commémoration de l'esclavage est nécessaire en ce qu'elle fait prendre conscience de l'énorme chemin accompli pour arriver à un état de droits pour tous, et surtout de ce que la France doit assumer.

Dès lors, que le gouvernement n'ait pas lucidité de considérer l'outrage des lois sur l'immigration au regard de l'histoire de la colonisation, ni l'humilité de relativiser son poids dans l'histoire de la république, ne va pas aider à donner des cours de civisme dans les banlieues.

1 Comments:

At 9:08 PM, Blogger Romain said...

Avec la loi dite de l’immigration “choisie”, notre gouvernement semble atteindre un nouveau sommet de l’hypocrisie, ou de marketing politique. Sous couvert de permettre a une main d’oeuvre tres qualifiee de venir travailler sur le sol francais via la carte “Competences et Talents”, le gouvernement pose comme condition de restreindre l’immigration des “huddled masses” qui ne peuvent vivre decemment dans leur pays d’origine. Ce qui nous est vendu comme un bien pour un mal m’a tout l’air d’etre le simple tri d’une immigration deja existante, ainsi qu’un pretexte pour eviter la regularisation des sans-papiers apres 10 ans. Car ces jeunes diplomes etrangers de l’aire francophone nous les accueillons deja et je me trompe peut-etre mais je mets au defi la France d’attirer des informaticiens indiens alors qu’ils peuvent tres facilement immigrer aux Etats-Unis ou en Angleterre desquels ils sont plus proches culturellement.

Le gouvernement pense ainsi faire passer en douceur une fermeture virtuelle des vannes de l’immigration. Fermeture “virtuelle” car je m’imagine mal que des hommes et des femmes prets a traverser des deserts a pied, a se dissimuler dans des containers ou des soutes d’avions, a echanger leur maigre fortune contre des passeurs sans scrupules, prets a braver la mort dans l’espoir d’une vie meilleure, seront arretes par cette loi sur l’immigration. Il y a fort a parier que nous arriverons a une situation de non-loi, ou de nombreux sans-papiers continueront a travailler au developpement de notre pays mais pauvres (relativement au niveau de vie francais), loin de leurs familles et sans voix politique.

Pour revenir a l’article de Julien, il semble que le capitalisme ait reussi a depasser le stade supreme de l’imperialisme, nous n’avons plus besoin d’un empire politique pour nous assurer des ressources bon marche et maintenir le taux de profit: en entravant autant que possible le developpement des pays du Sud nous creeons une tension qui pousse les hommes et femmes en age de travailler a venir au Nord. Ici ils trimeront pour rien, non-declares, vivant dans des logements a la marge, exportant le peu de leurs revenus qui ne sont preleves ni par les bandes mafieuses ni par les marchands de sommeil, pour permettre a leurs familles d’acceder aux besoins essentiels. Et au moindre renversement de conjoncture ou de rechauffement populiste les pouvoirs publics pourront s’appuyer sur l’immigration “choisie” pour renvoyer dans leur pays d’origine ceux qui auront contribue autant que les autres a notre economie.

Que nous soyons ou pas la cause de la pauvrete du Sud, il me semble tout a fait contraire a nos ideaux de creer une sous-classe de travailleurs. S’il nous faut etre realistes et considerer que nous ne pouvons pas accueillir toute la misere du monde ni sur-estimer la tolerance culturelle des franchouillards de souche, je pense que notre economie est encore capable de creer des richesses, d’offrir du travail et qu’il est imperatif que tous ceux qui y participent aient les memes droits. Et si vraiment nous avons atteint ce niveau au-dela duquel tout nouvel arrivant ne ferait que diminuer le bien-etre des bons francais, demandons-nous en notre ame et conscience a quelles extremites recourir pour refouler des etres qui frappent a nos portes en mettant leur vie dans la balance.

N’hesitez pas a contredire ce commentaire plein de bonnes intentions.

 

Enregistrer un commentaire

<< Home