09 mars 2006

CPE ou Comment Pauperiser les Ex-Etudiants

Meme si je suis un peu loin pour entendre les paves de l’Etoile claquer sous les pas de millions d’etudiants (ou selon la prefecture de police, une douzaine de racailles qui ont traverse quand le feu etait rouge), je ne peux reprimer l’envie de commenter la politique de notre gouvernement en donnant mon humble avis approximatif d’economiste amateur.

Tout les dispositifs mis en place par notre poete national reposent essentiellement sur l’argument que c’est le cout du travail qui aujourd’hui est la cause du chomage. En l’occurrence pour le CPE les couts de licenciement. Moi je dis: “bollocks”:

Et d’un en France on peut licencier tres facilement dans les PME, et de deux meme si les couts de licenciement etaient reduits a neant cela a mon avis n’y changerait pas grand-chose: ce qui nous fait avancer depuis deux siecles c’est l’innovation, c’est l’accroissement de la productivite par la mecanisation et l’informatisation. Le cout de la main d’oeuvre est determinant certes pour les biens importables / exportables, mais l’elasticite cout main d’oeuvre / importabilite (c’est louche) est tres faible, ce n’est pas en gagnant 15% sur le cout d’un jeune que nous empecherions les industries textiles de delocaliser, ce serait en employant tout le monde a un salaire 6 fois moins eleve! La veritable menace, si c’est le terme a employer, ce sont les industries de haute technologies, les centres de recherche, les grappes d’entreprises innovantes qui vont s’etablir aux Etats-Unis, au Japon, en Finlande car elles sont sures d’y trouver une main d’oeuvre bien formee et stable.

Seulement c’est complique de mettre en place une politique industrielle et educative coherente comme au temps du commissariat au plan, le gouvernement prend tout le monde pour des cons en disant revenu – couts = profits donc emplois, donc moins de couts = plus de profit et plus d’emplois. Il y a au moins deux implications incorrectes dans ce raisonnement, moins de couts ne conduit pas toujours a plus de profits car si mon voisin innove dans l’ecran plat personne ne voudra plus de mes teles a tube cathodique meme si elles sont deux fois moins cheres (commentaire: elle ne devraient cependant pas etre retirees du marche car cela penalise des familles pauvres qui aimeraient bien mettre leurs sous ailleurs que dans une tele), et ensuite plus de profit ne conduit pas toujours a plus d’emplois car le capital etant libre comme l’air s’il n’y a pas d’opportunite d’investissement en France je vais aller investir aux US et je suis plus riche car j’ai negocie avec un gouvernement de droite un peu plus de retour sur mon capital.

En regardant le journal Tele sur Internet je voyais un coiffeur se rejouir du CNE cette fois, certainement il va pouvoir baisser ses couts mais a quoi bon, je ne vais pas aller plus souvent chez le coiffeur parce que c’est 15% moins cher (pardon 5% moins cher parce que le coiffeur empoche les autres 10%), je ne substitue pas un autre bien de consommation a la coupe des cheveux, et le concurrent de mon cher coiffeur baissera ses prix aussi. Plus j’y pense et plus je me dis que la politique du gouvernement est une politique d’epicier, de poujadiste. C’est comme la grande idee, creer des services a la personne agee, le resultat sera marginal, ce sont les familles qui aujourd’hui prennent soin de leur parents, “externaliser” ou monetariser cette activite certes liberera un peu de temps pour ces familles de facon a ce qu’elles s’adonnent a une activite plus “productive”, mais il n’est pas sur que ca soit moins cher (construction d’une maison de retraite ou cout du deplacement pour aide a domicile) ni que les premiers concernes, nos vieux, en soient mieux lotis.

Alors c’est quoi la solution? La solution ca pourrait etre d’abord de comprendre ce qui se passe dehors, pas au temps de Napoleon ou le francais etait la langue diplomatique mais aujourd’hui, pourquoi les ecoliers finlandais mettent une race en informatique a nos chers bambins, pourquoi la Coree du Sud depose plus de brevets par tete que la France (ca j’ai pas verifie c’est un coreen qui me l’a dit), pourquoi les meilleurs boites de genetique sont aux USA, pourquoi le monde entier envoie ses jeunes etudier sur les campus americains, pourquoi sachant que l’ouverture du marche textile europeen aux produits chinois ayant ete decidee et annoncee il y a 10 ans des boites anglaises ont completement change leurs metiers vers la haute technologie alors que les boites francaises se sont contentees de pleurer une fois l’echeance arrivee, au risque de licencier des milliers de personnes a qui l’on n’a pas enseigne de nouvelles methodes de travail depuis 40 ans. Ensuite il s’agit de mettre en place une politique integrant education, innovation, urbanisme, cooperation inter-frontaliere pour definir des secteurs prioritaires, dessiner des bassins d’emplois, repartir les universites sur le territoire, trouver des solutions pour sortir d’une industrie et ne pas laisser des milliers de gens sur le carreau (j’y reviendrai un autre jour c’est un de mes dadas, on peut apprendre un nouveau boulot a n’importe quel age le tout c’est d’avoir le temps et le temps c’est de l’argent)

Et les jeunes dans tout ca? Et bien ils n’y sont pour rien, les veritables responsables du chomage sont pour moi l’Etat, les actionnaires et les chefs d’entreprises, ces derniers ayant de plus en plus de difficultes a innover, non pas a cause des couts, mais a cause du manque de fonds et de competences. Le reste suivra.

Pour conclure je lisais dans le Monde hier qu’un conseiller UMP avait salue la “revolution liberale” et condamne “l’immobilisme” ou un truc comme ca. C’est du liberalisme par la petite lorgnette, la liberte pour une minorite d’entamer le code du travail qui fonde notre societe quand bon leur semble c’est “prendre des libertes” dance ce cas, le liberalisme ce devrait etre le droit de chacun a realiser son potentiel humain. Le Parti anglais “Whig”, l’ancetre des “Liberals”, au pouvoir en 1830, vote en 1833 l’abolition de l’esclavage dans l’empire britannique et le premier “Factory Act” qui interdit le travail des enfants de moins de 9 ans.

Prochains articles: “de l’art de la concision en ecriture” et “ah non, mon p’tit monsieur, quai des plumes c’est en face la rue”, a plus,

Romain

P-S: Ju pardon je voulais discuter ton commentaire sur la sante mais celui-la pressait un peu.

2 Comments:

At 1:00 PM, Blogger Julien said...

Assez d'accord avec ce qui vient d'être dit et bien dit pas vous trois.
La liberté n'existe pas à une autre échelle que collective.
les propositions fixienne vont dans le bon sens.
Par ailleurs, il est clair que le positionnement que le gouvernement entend donner à l'entreprise France me fait peur, à savoir, concurrencer les marchés à bas pris de main d'oeuvre...
je n'ai pas la foi de romain dans le progrès et la haute recherche, mais je le rejoins sur la nécessité de jouer la carte difficile (l'excellence) plutôt que de brader les fondement de notre démocratie (l'égalité).
Même Proglio est contre le CPE, c'est dire !

 
At 10:03 PM, Blogger Romain said...

Merci pour vos reactions, a moi d’en rajouter un peu:

Tout d’abord le cursus pluridisciplinaire, entierement d’accord avec toi Fix certaines matieres partagent tant en commun qu’il serait dommage de sur-specialiser des etudiants qui souvent n’ont pas les moyens (reseau, exemples dans l’entourage,…) ou la maturite pour faire leur choix d’orientation dans de bonnes conditions. Une nuance cependant:

A-t-on besoin d’autant de psychologues et de sociologues? Bien sur sans Bourdieu notre vision de la societe serait reste naïve, mais je me demande s’il ne faudrait pas tout comme en medecine instaurer un systeme de numerus clausus pour eviter d’entrainer les etudiants dans des voies de garage. Ou mieux encore laisser ces filieres ouvertes en annoncant d’entrée le nombre de postes de recherche, a l’issue de la maitrise ne selectionner que les meilleurs, mais avoir fait en sorte que ceux qui sortent sans “place” aient les moyens de participer a la societe. A cet egard l’exemple des grandes banques de la City est interessant, elles n’hesitent pas a embaucher des diplomes en latin ou en philosophie, qui apprenent en un an ce que nous avons mis 3 ans a maitriser…, l’essentiel en entreprise etant d’avoir un esprit critique, une faculte d’apprentissage, et un interet pour l’action.

A propos de la remuneration des etudiants se destinant a l’enseignement, ca existait deja dans les annees 70 sous le nom d’”etudiant-professeur” je crois, la penurie en profs etant telle que l’Etat n’avait d’autre choix que de remunerer les etudiants qui enseignaient et continuaient d’apprendre en parallele.

Sur les services a la personne, je pense que les activites que tu decris Vince sont avant tout des strategies de survie, mais aussi des moyens de partager la richesse. Dans un pays du tiers-monde ou la redistribution est inexistante et les emplois qui paient sont rares, ceux qui les occupent acceptent plus facilement qu’ici de partager leurs gains avec la masse de leurs concitoyens qui sans cela ne pourrait subsister. Je prefere un ouvrier travaillant a la chaine d’assemblage de pieces destinees a une centrale a fusion nucleaire qui nous affranchirait totalement des energies fossiles, qu’une cuisiniere. Dans le court-terme oui soyons realistes, les services a la personne s’ils ne creent que peu de richesses permettent au moins de la partager.
Quant la dignite de l’ouvrier de la chaine d’assemblage, elle n’est diminuee qu’en ce que ses patrons lui refusent la progression et la propriete, l’appropriation de ses outils de production, et qui je pense constitue un frein au developpement de notre societe, allez pour le plaisir:

“L’exploitation collective et planifiee de l’industrie par l’ensemble de la societe necessite des hommes dont les aptitudes se sont developpees dans tous les domaines et qui sont en mesure d’avoir une vue d’ensemble sur tout le systeme de la production. La division du travail, a laquelle l’extension du machinisme portait atteinte, et qui faisait de l’un un paysan, de l’autre un cordonnier, d’un troisieme un ouvrier d’usine et du quatrieme un speculateur en bourse, va donc disparaitre completement. L'éducation donnera la possibilité aux jeunes gens de s'assimiler rapidement dans la pratique tout le système de la production, elle les mettra en état de passer successivement de l'une à l'autre des différentes branches de la production selon les besoins de la société ou leurs propres inclinations. Elle les libérera, par conséquent, de ce caractère unilatéral qu'impose à chaque individu la division actuelle du travail. Ainsi, la société organisée sur la base communiste donnera à ses membres la possibilité d'employer dans tous les sens leurs facultés, elles-mêmes harmonieusement développées. Il en résulte que toute différence entre les classes disparaîtra aussi inévitablement. De telle sorte que la société communiste, d'une part, est incompatible avec l'existence des classes et, d'autre part, fournit elle-même les moyens de supprimer ces différences de classes.” Principes du communisme(1847), Friedrich Engels.

Desole.

 

Enregistrer un commentaire

<< Home