28 février 2006

152 incapables ?

Ca y est, le gouvernement socialo-communiste s'est de nouveau décidé à diminuer le chiffre d'affaires des grands groupes pharmaceutiques en supprimant le remboursement de 152 paracétamol, débouche-bronches et autres anti-chiasse.

Non seulement la mesure désincitera les gens à tomber malade, incitera les médecins à prescrire les remèdes les plus chers et les plus forts, mais l'industrie du médicament va enfin être obligée d'occuper davantage l'espace publicitaire pour vendre ses précieuses gélules.

Une bonne diète du portefeuille, rien de tel pour retrouver la forme !


On attend maintenant avec impatience la prochaine étape : la nationalisation de ces groupes. Après celle de Suez, tous les espoirs sont permis.

1 Comments:

At 5:01 PM, Blogger Julien said...

Pouet !

Ah ça démarre fort.

Premièrement, ne prenons pas le problème à l'envers.

La question n'est pas de savoir si certaines maladies sont vraiment des maladies, si certains malades sont vraiment malades, si certains malades pourraient payer un peu plus. Il n'y a pas d'échelle de la souffrance. On ne soigne pas des maladies, mais des malades. Dans une société où le travail tend de plus en plus à détruire, où l’insécurité sociale nous stresse et nous tétanise, où l’isolement et l’exclusion frappent de mort les gens les mieux portants, on ne pourra pas globalement réduire la demande de soins, aussi "luxueuse" te paraît-elle.

« Oui mais c’est les riches qui profitent du système »

La logique que tu suggères (mais je sais que tu ne penses pas ça au fond), si on la pousse au bout, tendrait à faire dire : les malades qui coûtent cher sont riches. Pour que le traitement de la maladie coûte moins cher à la Collectivité, il suffit que chaque malade se prenne en charge directement par un système de santé privé, puisqu’ils sont riches et qu’ils n’ont que des petits bobos. On remettrait en cause le système sous prétexte que certains bénéficient mieux que d’autres du système.

C’est une logique de désignation de boucs émissaires. Ceux que tu nommes « les riches », c’est un concept vague et surtout qui n’a pas de valeur absolue et définitive vis-à-vis de l’accès au soin (oui je sais c’est facile d’attaquer là-dessus). C’est exactement le même ressort de logique que la critique des étrangers qui cotisent pas et qu’on soigne en France avec nos sous à nous, la même logique que les fonctionnaires qui ont des avantages, etc.

C’est aussi une logique souvent utilisée, pour tuer un système de redistribution. On a trop dégainé l’arme de dénonciation ceux qui en profiteraient plus que d’autre alors qu’ils sont moins légitimes (« pas ceux qui prennent le plus de risque, pas les plus à plaindre, pas blancs… »). Sont-ce les pauvres qui demandent la suppression du remboursement des médicaments ? Non. Les riches vont-ils se lever comme un seul homme pour lutter contre cette mesure ? Non. A qui profite le crime ?

Toi, dont je ne doute pas une minute sur le fait que tu n’as pas d’arrières pensées aussi crapuleuses, ne penses-tu pas que c’est avec ce type d’argument (peut-être justes dans le constat, mais terribles sur le principe) que l’on se permet de fragiliser encore plus les plus fragiles ?

En donnant un peu moins d’avantages aux riches, comme tu dis certainement à juste titre, on tape aussi et d’abord sur les plus pauvres. Autant prendre un peu plus aux riches par ailleurs, si on sait qu’ils se le reprennent en partie ensuite…

Ce ne sont pas les riches qui abusent, mais les pauvres qui n’ont pas assez accès au soin. « Ça ne sert à rien d’aller chez le médecin, car je sais que je ne pourrais pas me payer les médicaments, faute de complémentaire ».
Le luxe des riches est le luxe de ne pas attendre d’être au seuil de la mort pour aller se faire soigner. La dénonciation du malade imposteur conduit tout droit à la saturation des urgences.
La base de la réalisation d’économie en matière santé c’est la prévention, et donc le soin des bobos. Sauf que la prévention a un coût dont on ne mesure pas d’emblée les gains et surtout qui ne profitent pas réellement aux entreprises du médicament.

Ainsi, ne pas rembourser certains médicaments, c’est exclure un peu plus les pauvres, sans trop égratigner les riches, qui de toute façon continueront à aller acheter la vitamine C en paracétamol, et sans trop égratigner les labos.

Le problème n’est donc pas la redistribution entre riches et pauvres via la Sécu, ni entre fumeurs et non fumeurs, ni entre constipés et décoincés du derche, mais le pompage des riches et des pauvres par les groupes pharmaceutiques via la Sécu.

Si injustice il y a, elle se situe non pas à l’intérieur de la demande, mais entre les rapports de force odieux qu’impose l’offre, qu’imposent les groupes pharmaceutiques, industrie la plus rentable du monde faut-il le rappeler ?
Le système n’est pas injuste, il ne peut simplement pas fonctionner à cause de la structure injuste du marché dans lequel il évolue.

Si ces médicaments sont vraiment inefficaces (ce que je ne conteste pas) alors qu’on les interdise puisqu’ils trompent le consommateur. S’ils sont simplement moins puissants, je ne vois pas de problème à ce qu’ils soient remboursés, au contraire, ça éviterait de ne donner que des anabolisants à des types juste un peu fatigués.

Si la Sécu doit revenir à l’équilibre c’est d’abord en recevant d’avantage de recettes de ceux qui sont responsables des maladies, c'est-à-dire les employeurs, les pollueurs, etc. S’il faut aussi limiter les dépenses, n’accusons pas le malade, mais ceux qui vient sur le dos des malades, en créant des produits inutiles ou disproportionnés.

La maîtrise de l’offre, voilà le souci. Sans même parler d’appropriation collective des moyens de production de médicaments, révisons nos schémas de régulations tarifaires dans le milieu médical.

Problème de l’offre aussi dans la médecine : oui à une fonction publique des médecins pour répartir sur le territoire l’offre de médecin en fonction des besoins. Oui au médecin fonctionnaire, non rémunéré à l’acte ! Oui au suivi par le médecin référent, indépendant des laboratoires ! Oui au médecin consulté même si on a seulement une crève, ou un petit bobo mais d’où l’on ne sort pas avec 57 médicaments surpuissants !

Je pense qu’il est impératif de distinguer l’acte de soin, la visite du médecin, souvent socialement plus utile que le remède, et l’ordonnance. Le malade n’est pas responsable de l’ordonnance, ni de sa maladie.

A ce sujet, le montant forfaitaire c'est le début de la fin. Responsabiliser sur la maladie, c’est soutenir l’idée que la maladie que l’on attrape est uniquement due à son comportement individuel, ou liée à un châtiment destiné à punir nos fautes.

Bref, tout ça pour dire qu’en fait je suis d’accord avec toi Vichnou, et même, que je ne suis pas fondamentalement opposé à cette mesure en elle-même (vu la liste des médicaments dont il s’agit, sauf pour les antiallergiques). Mais le contexte idéologique dans lequel elle est prise et les autres initiatives qui ont été celles de ce gouvernement en matière de santé me rendent cette mesure écœurante et cynique.

Bon allez j’arrête…

Mais je suis sûr que vous allez trouve plein de bon arguments pour me monter que je suis un pauvre idéaliste hypocondriaque…

 

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