Du bon usage des ultimatums
Cette fois c'est sûr, les grévistes sont des anti-républicains.
Grâce au Président de l'Assemblée Nationale, on sait maintenant que menacer de lancer une grève générale contre une loi, c'est porter atteinte à la République.
Il est impératif sur ce clown dangereux soit destitué de ses fonctions.
Au delà de la réforme du CPE, qui est presque un détail dans l'histoire des solutions finales du gouvernement, le refus de céder a encore une fois pour objectif de nous convaincre qu'il est inutile de manifester, que les luttes sont caduques, vaines.
Lorsqu'un gouvernement affaibli et désavoué est en pleine crise de représentativité, il ne reconnaît aucune légitimité aux voix de la rue. Que les gens en faveur du CPE défilent s'ils sont si nombreux !
La violence de certaines manifestations dessert-elle la cause ? Parfois j'ai le sentiment qu'elle est le seul lien entre la revendication politico-économique et la hargne des laissés pour compte, le lien entre le nouveau lumpen et les classes moyennes politisées, entre les djeunes et les cadres des partis. La violence est légitime lorsque la surdité devant les protestations est manifeste et que le mépris devant les défilés règne. (je sens que je vais me faire taper dessus, mais c'est juste pour discuter)
Certes, ces violences ne sont pas aujourd'hui toutes tournées contre les forces de l'ordre, contre les dominants, mais aussi contre les manifestants. Je crois que ça a toujours été le lot commun des manifestations désespérées, lorsqu'elles précèdent les émeutes, ou le vandalisme de bandes plus ou moins organisées. Par essence, la violence n'est pas orientée vers un but. Elle est aujourd'hui une résurgence de la frustration égoïste de jeunes contaminés par le consumérisme dans une société de consommation, où ils ont le plus souvent accès à la consommation, mais sont exclus de la société.
Tant que la séparation des territoires et des logements et le ghetto des cultures continueront à primer, avec pour seul lien social la pause publicitaire, la lutte ne pourra fédérer des attentes pourtant communes. Le fait d'appartenir à un camp ne se fait plus en fonction d'une critique du système, d'un horizon de pensée, mais d'une appartenance sociale, ethnique, ou territoriale. Gens de gauche, c'est là notre principal combat.
Lorsque plusieurs camps engagés dans une même guerre contre un même ennemi s'aperçoivent que l'ennemi refuse le conflit (Villepin qui ne cède pas, les CRS qui ne réagissent pas aux violences), alors la violence s'exprime entre chaque camp.
Diviser pour régner. A ce petit jeu, ce sont toujours les hommes providentiels qui gagnent parce qu'ils dénoncent les excès de chaque camp pour satisfaire les autres (les bobos mous, les racailles foncées, etc.)
Mais, heureusement pour le Premier Ministre, il reste le Conseil Constitutionnel pour retirer le projet sans qu'il en sorte affaibli...

2 Comments:
Attention a ne pas friser l’incitation a la violence:
Je ne dirais pas que la violence est legitime, mais elle apparait malheureusement comme le seul recours aux manifestants dans une republique qui manque cruellement de canaux democratiques pour exprimer la desapprobation face a la loi.
Le gouvernement pense tirer son autorite du peuple car il est nomme par une chambre elue au suffrage universel, mais il est sorti de son mandat en prenant des mesures d’exception. En prenant une image simplette c’est comme si vous embarquiez sur la ligne Paris – Nice et que Chirac qui vous a vendu le ticket mette Villepin aux commandes qui detourne l’avion vers Nancy. Seul maitre a bord le capitaine a toute autorite meme si les classes economiques menacent de depressuriser la cabine si une concertation n’est pas menee immediatement pour changer le plan de vol.
Le seul souci c’est que ce gouvernement n’a pas annonce de plan de vol, et qu’en France on vote pour des programmes a caractere general qui ne precisent pas les moyens d’arriver aux objectifs presentes. Pour balancer ce pouvoir discretionnaire du gouvernement, il est grand temps de mettre en place des sonnettes d’alarme democratiques, telles que des petitions ou des marches silencieuses qui atteignant un certain seuil declenchent, ou bien une reconsideration de la position de la part du gouvernement, ou bien l’organisation immediate d’un referendum pour trancher la question.
En se privant de recours intermediaires, pacifiques et democratiques, ne nous imaginons pas que le peuple acceptera son sort bien gentiment, tout comme rembourser moins de medicaments ne diminuera pas la demande de soins de la population, les francais se voient forces de recourir a la violence, a la paralysie du systeme. Souhaitons que la violence ne s’attaque qu’aux symboles du pouvoir et non a des personnes physiques, mais c’est etre optimiste que d’esperer que le chien que l’on maltraite ne s’en tiendra qu’a mordiller son ecuelle.
Enfin, sachant qu’il existe une alternative acceptable aux manifestations mouvementees, il sera impossible de faire la confusion entre le desordre cree par une minorite tapageuse et illegitime et l’expression souveraine de la majorite populaire, confusion dont les pro-CPE usent a loisir.
Le toujours tempérant Romain a bien raison de fustiger la trahison de la démocratie et du suffrage universel (et non la crise de la démocratie).
Le façon dont sont traités les avis des manifestants est en effet très similaire avec la façon dont sont traités les résultats des derniers suffrages.
j'en ai d'ailleurs revu mon message préalable du blog (on n'en est plus à une retouche de photo près, chez nous).
Il ne s'agit pas de friser l'incitation à la violence, il s'agit d'abord de la désigner pour ce quelle est, une conséquence inéluctable, et ensuite , éventuellement, de la qualifier de ce qu'elle peut être, salutaire.
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